Je veux tout d'abord vous remercier d'avoir pris sur un temps qui est déjà celui des occupations estivales pour assister à notre Comité Directeur et montrer ainsi l'intérêt que vous
portez à la chose publique et l'importance que vous accordez à notre réunion.
Cette importance tient, d'une part, à la densité de la séquence politique qui vient de s'achever et, d'autre part, aux interrogations qui pèsent sur la gauche et sur notre propre parti pour la
période qui s'ouvre.
Je souhaite vous proposer mon analyse de ces deux versants de notre calendrier politique, entendre les vôtres et conduire notre Comité Directeur vers une synthèse que je souhaite claire, précise et
dynamique.
Le deuxième tour des législatives a marqué, vous l'avez tous noté, la fin d'un long cycle politique, que nous appellerons, pour simplifier, le cycle d'Epinay.
Cette longue période, plus longue qu'une génération, a été marquée par plusieurs tendances lourdes et décisives pour les radicaux : la prééminence, pendant 25 ans, d'un chef incontesté de la gauche
en la personne de François Mitterrand, la stratégie d'union de la gauche avec un parti communiste à un niveau électoral considérable, la mise en ouvre de cette stratégie avec un
programme commun de gouvernement, en suite logique de ces différents points la division du parti radical en deux branches délimitées par le mécanisme de bipolarisation de l'élection présidentielle
après la réforme de 1962. Et enfin, à partir de 1983, la montée de l'extrême droite jusqu'au un point
culminant : d'avril 2002.
Disons-le clairement, aucune des réalités politiques ayant marqué ce cycle long n'existe plus aujourd'hui.
Depuis 1995, la gauche n'a plus de leader incontesté et suffisamment rassembleur, comme l'ont montré les trois échecs successifs à l'élection présidentielle. Ce disant, je ne fais évidemment le
procès de personne et il m'arrive même de me demander si le savoir-faire et l'expérience politique
de François Mitterrand n'ont pas dissimulé, de 1974 à 1995, une évolution sociologique profonde de notre société vers la situation paradoxale que nous connaissons où un conservatisme faisant
généralement échec à toute tentative de réforme sociale significative s'accompagne d'une exigence de solidarité sociale chaque jour accrue. Quoi qu'il en soit, nous devons constater ensemble
qu'après les résultats en trompe-l'oil des élections régionales et des européennes de 2004, l'addition de toutes les forces de gauche au soir du 22 avril dernier a atteint son plus bas niveau
historique.
Qu'en est-il, en outre, de l'union de la gauche ? Elle a été mise à mal par l'affaiblissement inéluctable du parti communiste, par l'émergence consécutive d'une extrême-gauche refusant toute
perspective de gouvernement, par la permanence des querelles de groupes chez les écologistes qui
prétendaient porter la modernité et, disons le tout aussi clairement, par les divisions internes de nos amis socialistes qui auraient vocation, par leur force électorale, à rassembler la gauche
s'ils parvenaient à se rassembler eux- mêmes. Là non plus, je ne souhaite pas noircir le trait, qui pourrait facilement devenir cruel, mais j'aurai à revenir sur l'importance de cette propension
des socialistes à se diviser car nous devons aussi l'intégrer dans notre réflexion prospective.
Dès lors qu'il n'y a plus d'union de la gauche, fût-elle plurielle, il n'est évidemment plus question d'un programme commun pour un gouvernement d'union.
Cette évidence a été illustrée, par exemple, en 2002 lorsque toutes les composantes du gouvernement Jospin ont présenté leur propre candidat avec, pour certaines, le souci explicite de se démarquer
d'un bilan pourtant commun. Elle est illustrée aussi par la versatilité stratégique de la
direction communiste qui tente d'organiser l'union sous sa houlette de tous les alter-mondialistes et de tous les anti-Européens, tout en refusant de fermer la porte à un éventuel accord de
gouvernement avec les socialistes ; cette ligne, parfaitement illisible selon moi, n'a été sauvée de la
faillite, annoncée au premier tour de la présidentielle, que par l'implantation de terrain d'une quinzaine de députés communistes.
Encore la gauche pouvait-elle espérer accéder au pouvoir sans être majoritaire dès lors que la puissance de l'extrême droite contenait la croissance de la droite républicaine. Il est même arrivé,
reconnaissons le franchement, à certains dirigeants de gauche de se réjouir de cette puissance pourtant lourde de tous les dangers - comme il a été démontré en avril 2002 - mais qui semblait
promettre des succès électoraux à bon compte. Aurions-nous gagné les législatives de 1997 sans la cinquantaine de triangulaires imposées par Le Pen ? Mais lui aussi est à la fin de son cycle et il
a été, de surcroît, dépossédé de sa thématique par une droite décomplexée et aussi, notez le je vous en prie, par une gauche qui acceptait, pour la première fois lors de la campagne présidentielle,
de transgresser des tabous en évoquant les questions d'identité nationale et de sécurité des Français. Bref, l'extrême-droite n'endigue plus la droite.
Dans ce contexte, le rôle des radicaux a, lui aussi, naturellement changé. L'élection présidentielle vient de démontrer, une fois de plus, l'exigence tactique posée par la réforme
institutionnelle de 1962, exigence que François Mitterrand avait parfaitement analysée : il faut rassembler son camp au premier tour et aller chercher ensuite - mais ensuite seulement - la victoire
dans le grand territoire central que les prétendus centristes n'ont jamais réussi à occuper, si l'on veut bien regarder comme accidentel l'épisode de 1969 et considérer dans son résultat
parlementaire actuel le véritable espace où s'est installé François BAYROU.
Sa performance du premier tour, les 7 millions d'électeurs du 22 avril, aura au moins dévoilé l'étendue de ce territoire et son importance stratégique. Il appartient aux radicaux de l'occuper,
d'abord en en définissant les valeurs constitutives, plutôt que de jouer, en une sorte de « Désert des Tartares » politique, le rôle de gardiens vigilants et sourcilleux d'une frontière qui
bloquerait toute possibilité d'expansion. Comme vous l'imaginez facilement, j'y reviendrai en évoquant nos perspectives d'action mais, à ce stade, il nous faut constater ensemble que la disparition
des caractéristiques principales du cycle d'Epinay nous interdit à l'avenir de nous satisfaire du rôle qui nous avait été dévolu, être la petite aile droite de la gauche.
Après ce retour sur la longue période qui vient de s'achever, je veux, bien sûr, évoquer la séquence électorale de 2007 avec ses deux temps forts de la présidentielle et des législatives.
Je ne le ferai pas sans avoir rappelé qu'en donnant notre accord de principe au quinquennat et, pour 2002, à une inversion particulièrement malencontreuse du calendrier électoral, nous avons tous
enclenché, bien au-delà de ce que certains pouvaient prévoir, un bouleversement institutionnel, dont les effets commencent à se laisser voir.
S'agissant de l'élection présidentielle, disons bien fortement que nous n'avons, pour ce qui nous concerne, rien à regretter.
Le choix qu'a fait notre congrès extraordinaire le 22 octobre dernier était le bon. La campagne a été si rapidement concentrée autour de l'affrontement entre Ségolène ROYAL et Nicolas
SARKOZY, second tour anticipé et à peine brouillé par les espérances de François BAYROU, que notre seule candidate déclarée, Christiane TAUBIRA, dont l'immense talent n'était pas mis en question,
n'aurait pas bénéficié de plus de visibilité que les autres candidats.
Je suis d'ailleurs heureux de souligner devant vous que, notre décision ayant été démocratiquement prise, par tous les radicaux, qu'ils aient été majoritaires ou minoritaires le 22 octobre,
ils l'ont loyalement appliquée. Je remercie en particulier Christiane puisqu'elle a rapidement mis ses qualités au service de l'entreprise commune. Cette unité dans l'exécution des choix du parti
n'a souffert que quelques exceptions qui me sont apparues pour ce qu'elles sont, la critique permanente de la direction du parti quoique qu'elle fasse.
Quelques-uns, en effet, me trouvaient hier trop dépendant du parti socialiste, et me trouvent aujourd'hui, trop indépendant de lui. Allez comprendre !
Pour moi, je n'ai qu'une ligne, celle qu'ont tracée le Congrès de Lyon, le Congrès Extraordinaire et, dans l'intervalle, toutes les décisions de nos instances politiques, c'est la ligne de
l'indépendance à gauche.
Dès la désignation de Ségolène ROYAL le 26 novembre, les radicaux se sont mis au travail. J'ai été moi même très sollicité pendant la campagne, Christiane TAUBIRA également, et tous nos
parlementaires et responsables nationaux. J'ai vu que dans vos régions et dans vos départements, l'immense majorité des responsables fédéraux avaient apporté une contribution précieuse en
enrichissant la campagne des valeurs radicales fièrement brandies. Je vous en félicite et vous en remercie.
J'ai eu à constater comme vous, en le déplorant, que l'union des socialistes autour de leur propre candidate n'était pas à la mesure de l'unanimité du soutien radical. Outre les évolutions de
longue durée de notre vie politique telles que je vous en ai proposé l'analyse, je crois qu'il faut chercher dans ces divisions persistantes - et étalées sans vergogne dès le soir du 6 mai - la
raison circonstancielle de l'échec de Ségolène ROYAL. L'adhésion populaire ne lui faisait pas défaut mais cet assentiment de nos concitoyens s'est trouvé décontenancé par l'attitude de quelques
dirigeants socialistes qui pratiquaient la tactique de « la terre brûlée » pour mieux affirmer leurs propres ambitions et par un certain dogmatisme du parti socialiste tout entier qui a imposé à la
candidate de porter un projet dont elle n'acceptait pas les volets les moins réalistes.
Dans tous les cas, je veux dire que c'était une belle campagne et que nous sommes fiers d'y avoir participé sans réserves.
J'ai relevé également, avec satisfaction, que les deux principaux candidats - avec certes des programmes très différents - ont souhaité réhabiliter le volontarisme en politique. Je pense, moi
aussi, que l'action politique ne peut pas être un simple inventaire des contraintes, celles du plus petit dénominateur commun européen ou celles de la mondialisation sans principes, un simple
acquiescement aux prévisions des conjoncturistes, bref une reddition de la politique et de la culture devant l'économie et la technique. Je crois, moi aussi, que la politique c'est le refus de la
fatalité, c'est la conscience que rien n'est inéluctable, c'est même quelquefois la ferme volonté de ne pas se rendre à l'évidence.
Cette campagne nous a donc donné, malgré la déception finale, de réelles satisfactions et je voulais aujourd'hui les partager avec vous et vous redire combien j'ai été heureux - vous savez que
c'est ma préoccupation la plus constante - de l'unité du parti dans cette phase difficile.
Quant aux législatives, soyons francs et disons que nous les redoutions, à juste titre, tant est lourd à porter le nouveau calendrier électoral pour ceux qui ont perdu la présidentielle. Nous
n'avons plus la ressource, si souvent utilisée, de dissimuler un échec par un appel à l'alternance pour rééquilibrer.
Nous n'avions qu'une possibilité et je crois qu'elle a été bien exploitée : dire à nos concitoyens que tout pouvoir porte en lui le risque de son excès, comme l'écrivait si bien ALAIN, et leur
proposer de réduire ce risque en donnant à l'opposition des chances réelles de jouer son rôle pleinement avec
des effectifs parlementaires qui forceraient l'exécutif et la majorité de l'Assemblée Nationale à la considération et donc à la modération.
Nous avons été entendus. Le raz de marée annoncé par les sondages ne s'est pas produit. La gauche a montré qu'elle demeurait - du moins du point de vue arithmétique, je reviendrai sur les questions
de fond - une possibilité alternative sérieuse.
Au sein de la gauche, les radicaux ont bien résisté eux aussi et je veux réitérer mes félicitations aux députés réélus et à nos nouveaux députés. Je déplore que nous ayons perdu, dans cette
circonstance, quelques- uns des meilleurs de nos élus. Ce n'est qu'un épisode dans leur carrière politique et je suis sûr que, bientôt, les électeurs leur rendront justice.
Pour le reste, notre effectif s'est féminisé, rajeuni, et nous sommes seuls à avoir réalisé, sans jamais en avoir fait une règle implacable, la parité et même un peu mieux. Merci à toutes celles et
tous ceux qui ont contribué à ces belles victoires.
En évoquant maintenant la question du positionnement de nos élus à l'Assemblée Nationale, j'ouvre la phase de prospective que je vous ai annoncée, même si cette question est déjà résolue.
Jusqu'au lundi 25 juin, nous étions en effet confrontés à une difficile interrogation : avions-nous les moyens de susciter la création d'un groupe autonome ? Et, si cette perspective se fermait, où
nos élus allaient-ils siéger ?
Avec l'accord de nos députés, j'ai personnellement exploré toutes les voies praticables, c'est-à-dire toutes les possibilités qui avaient une cohérence politique avec l'essentiel de nos valeurs et
avec la ligne stratégique tracée par nos Congrès.
Nous avons donc tenté de réunir les députés radicaux, les élus de l'outre-mer qui portent une sensibilité progressiste, les divers gauche que nous savons proches de nos positions et les élus Verts
avec qui nous avions déjà collaboré de 1997 à 2002.
A deux ou trois unités prés, ce projet était sur le point d'aboutir. Malheureusement, nous n'avons pas trouvé les quelques élus qui nousmanquaient. Cette possibilité n'est pas enterrée ; elle se
représentera peut être pendant la législature mais elle n'était pas ouverte avant le début de la session. Elle l'était d'autant moins que je vous dois cette information - j'ai rencontré François
BAYROU qui voulait sauvegarder à tout prix son indépendance de non-inscrit pour ne pas hypothéquer dans une alliance, fût elle seulement technique, ses chances de présidentiable auxquelles il croit
toujours aussi fermement, même s'il m'a dit être, pour le reste, disponible pour toute forme de dialogue que nous souhaiterions sur des thèmes où nous avons une proximité de vues. Je lui ai donné
acte de sa position, sans nous engager en rien.
Restaient donc deux hypothèses, Nous pouvions constituer un groupe avec les élus communistes et les écologistes ; nous pouvions aussi négocier le meilleur apparentement au groupe socialiste.
Malgré ses avantages techniques, la première solution n'est pas apparue à nos députés comme fondée sur une forte logique politique. Je suis pleinement d'accord avec eux. J'ai déjà dit ce qui forme
le défaut de lisibilité de la ligne suivie par le parti communiste ; je crois que nous aurions ajouté, aux yeux de nos militants, de nos sympathisants et de nos électeurs, une
complexité supplémentaire. Je pense notamment aux graves difficultés qu'aurait rencontrées un tel groupe sur les questions européennes ou même sur des sujet sociaux qui doivent être regardés
avec le sens des responsabilités.
Nos élus ont donc négocié les conditions de leur apparentement au groupe socialiste, et de leur autonomie politique et matérielle au sein du groupe désormais dénommé : « Socialiste, Radical,
Citoyen, et apparentés » : je suis content d'avoir pu contribuer à un équilibre assez satisfaisant de
cette nouvelle organisation parlementaire.
Je l'ai fait pour trois raisons sur lesquelles je veux solliciter votre attention particulière :
- il y a une logique politique forte à siéger avec ceux qu'on avait comme alliés pour affronter le suffrage universel.
- cette organisation ne nous interdit en rien de passer notre alliance privilégiée au crible de la critique radicale.
- elle a le mérite d'affirmer que, si nous sommes attentifs aux signes d'ouverture du dispositif politique de Nicolas SARKOZY, nous ne sommes pas disponibles pour les entreprises de débauchage
individuel.
Voyons ces trois points.
Nous avons une alliance avec le parti socialiste et nous nous y tenons.
Malgré les mauvais procès qui nous étés faits, de l'extérieur et même de façon très marginale de l'intérieur, j'ai réaffirmé l'actualité de cette alliance pendant toute la préparation des élections
législatives. Aurais-je même souhaité nous en dégager face au pronostic d'une débâcle qui ne s'est pas produite, que je ne l'aurais pas fait. Comment expliquer, en effet, à nos électeurs que nous
avons même avec les socialistes une négociation difficile pour obtenir finalement un accord programmatique et électoral satisfaisant, comment leur expliquer que nous avons fait ensuite campagne
commune - et sans aucun état d'âme- à l'élection présidentielle, et leur dire ensuite que nous quittons le navire simplement parce qu'il est en difficulté ? Qui aurait pu comprendre une telle
attitude ?
Et je veux dire très nettement à ceux qui s'en inquiéteraient que l'alliance avec le parti socialiste ne sera pas rompue du fait des radicaux pour la préparation des élections locales de 2008. Je
sais, bien sûr, que nos élus municipaux et nos conseillers généraux ne sont pas tous issus d'une stratégie d'union de la gauche. Il y a dans le radicalisme beaucoup de micro-climats locaux et je
vois cette diversité comme une preuve concrète de la tolérance des radicaux.
Mais tous ceux qui ont trouvé ou qui escomptent de l'alliance avec le parti socialiste des responsabilités locales marquées par un partenariat équilibré et un véritable respect mutuel doivent
être absolument rassurés : le soutien de la direction du parti leur est acquis.
J'ajoute qu'au-delà des considérations politiques, je comprends et j'éprouve moi-même le fait qu'une longue histoire commune finit par produire une sorte de communauté culturelle et que,
malgré les difficultés rencontrées, malgré les avanies quelquefois subies, le réflexe nous pousse toujours à dialoguer avec ceux qui sont les plus proches de nous. L'histoire de ma famille,
l'histoire de mon groupe de presse, mes engagements personnels, peuvent je crois cautionner mon propos s'il en était besoin. J'ai été et je reste farouchement attaché à notre ligne politique qui
est, je le répète, celle de l'indépendance à gauche.
Est-ce à dire pour autant que notre alliance privilégiée ave le parti socialiste nous satisferait pleinement ? Très clairement, je réponds non.
D'abord, il y manque un véritable équilibre. J'ai souvenir précis de la difficile discussion avec les socialistes pour les élections européennes de 2004. Nous ne demandions rien de plus que ce qui
était d'usage lors de cette élection depuis 1979, la juste place des radicaux. Trop préoccupés avant les présidentielles du paiement de tous leurs courants , récompense que la régionalisation du
scrutin compliquait encore, nos amis socialistes ont privilégié leurs équilibres internes plutôt que de rassembler leurs alliés. Ils ont tout refusé. J'ai souvenir aussi de la motion décidée
par notre congrès de Toulouse. C'était, vous l'avez sans doute remarqué, une prémonition du discours de Ségolène ROYAL au soir du 6 mai sur la reconfiguration d'une gauche moderne ; et bien, notre
motion et même notre présence, ont été quasiment ignorées. Au nom du respect qui vous est dû, je
ne tolérerai pas dans l'avenir un partenariat aussi déséquilibré.
Il y manque aussi, pour l'heure, une volonté des socialistes de se rassembler eux- mêmes. Je veux vous dire que j'ai rencontré longuement Ségolène ROYAL voilà peu de temps. Je l'ai encouragée à
réaffirmer sa position de leader de la gauche forte de la légitimité que lui ont donnée dix sept millions d'électeurs. Je lui ai conseillé de s'assurer la maîtrise du parti socialiste sans
tarder. Je l'ai invitée à se débarrasser des aspects les plus dogmatiques du programme socialiste. Je lui ai dit à quelles conditions les radicaux seraient prêts à participer à ses éventuelles
entreprises de rassemblement et d'élargissement de la gauche.
Je ne comprends certes pas tout de son positionnement et de ses initiatives récentes. C'est vrai. Mais je comprends encore moins les attaques incessantes dont elle est l'objet dans son propre
parti. Et je les comprends moins encore lorsqu'elles se fondent sur l'esquisse de stratégies politiques
que je crois erronées.
Car c'est là le principal motif d'insatisfaction dans notre alliance :le parti socialiste semble incapable de se fixer une ligne qui permette d'escompter une victoire électorale à court où même à
long terme.
Pour le simplifier, le débat interne au parti socialiste consiste, après avoir taxé Ségolène ROYAL de centrisme ou même de vacuité idéologique, à proposer deux lignes opposées et tout aussi
inopérantes l'une que l'autre. Ces deux incantations socialistes sont celle du vieux refrain « A gauche
toute » et celle du mirage déjà ancien de la social- démocratie.
S'agissant de la surenchère à gauche, je n'ai guère besoin d'insister sur son caractère irréaliste puisqu'elle est portée, comme dans un résumé de la politique de Guy MOLLET, par tel ou tel qui
apparaissait voici peu comme la caution libérale du parti socialiste, comme le gage donné aux milieux d'affaires et à la Bourse. Quand l'opportunisme et lui seul conduit à s'opposer à la
construction européenne et à revendiquer en même temps l'héritage de François MITTERRAND, on est dans l'impasse la plus totale.
L'autre voie ouverte au parti socialiste serait, nous dit-on, celle de la social-démocratie. Cette construction parfaitement théorique, qui voudrait que la France s'en vienne ressembler à la Suède,
méconnaît trois caractéristiques fondamentales de notre vie politique. D'une part chacun des deux camps principaux, de droite comme de gauche, vit sur la base de sensibilités qui ne sont pas
réductibles les unes aux autres ; le bipartisme n'est pas dans notre histoire nationale.
D'autre part, la culture française, comme celle des pays du Sud de l'Europe (Espagne, Portugal, Italie, Grèce, etc.), ne privilégie pas le consensus et rend donc impraticable, faute de
possibilité de grande coalition, l'application de la proportionnelle intégrale.
De troisième part, et surtout, la social démocratie repose sur une synergie entre des partis puissants et des syndicats ouvriers tout également riches d'adhérents ; or la tradition française est
celle d'Amiens, celle de l'indépendance syndicale, exactement l'inverse. J'estime donc l'illusion social-démocrate, surtout lorsqu'elle est énoncée par d'authentiques libéraux et théorisée par
d'anciens trotskystes, est une autre impasse. Si, par aventure, le débat au sein du parti socialiste venait à se résumer à l'affrontement entre ces deux figures irréalistes, je vous proposerais
très clairement de revenir « au principe de réalité » et d'abandonner nos alliés à leurs querelles stériles.
Je ne l'ai pas fait car je reste convaincu que les socialistes sont capables d'une raison dont ils me donnent, pour l'heure aucun signe. Je ne l'ai pas fait car je pense aussi, et je vais peser
soigneusement mes mots, qu'à trop pratiquer l'alliance comme une culture et non comme un élément de notre stratégie nous avons noué une relation exclusive totalement dépourvue
d'alternative. Pour dire le vrai, notre alliance est déséquilibrée par le fait même que toute menace de la rompre serait dépourvue de crédibilité. On ne me fera pas le reproche, pour cette fois, de
manquer d'humilité. Mais je crois qu'il faut ouvrir l'espace politique des radicaux et ne pas laisser
nous enfermer dans cet espace stérilisant.
Je veux donc, bien sur, vous parler de l'ouverture et des mouvements politiques en cours, qui d'ailleurs ne sont pas achevés.
Que n'ai-je entendu depuis que j'ai accepté, après la présidentielle, une invitation à dialoguer avec le Président de la République. Que n'ai-je entendu ? J'ai entendu tout et le contraire de
tout : « BAYLET va vendre son parti pour être Secrétaire d'Etat », « Diable il a rencontré SARKOZY », et
les mêmes encore « SARKOZY consulte tout le monde à propos de l'Europe mais il n'a pas invité le Président du PRG !!! », bref, si je vois le Président de la République c'est mal, et si je ne
le vois pas, c'est encore plus mal.J'abandonne ces critiques à leur inanité. Et même, je donne aux aboyeurs un petit os à ronger : j'ai vu hier à nouveau Nicolas SARKOZY. Je vais m'en expliquer.
J'avais cinq excellentes raisons de répondre à l'invitation qui m'était faite.
La première, déterminante, c'est que je suis radical et donc essentiellement républicain. Quand le suffrage universel a délivré son verdict, un républicain le respecte. Je suis, nous sommes,
clairement dans l'opposition mais quand le Président de la République m'invite j'y vais.
Je n'irais pas si les conditions de l'invitation n'étaient pas honorables. Mais je tiens pour honorable une proposition une proposition de discuter sur les idées radicales et sur les points
où elles convergent avec le projet du Président de la République tout en marquant très clairement les causes de divergences. Et je vois quelques donneurs de leçons qui sont allés à l'Elysée
pour des motifs plus personnels et moins désintéressés..
Nous avons relevé des convergences sur des sujets essentiels pour les radicaux. En premier lieu, sur l'urgence de la relance d'une construction européenne dont le processus devra tenir compte de
notre échec de mai 2005 ; j'ai eu l'occasion de dire -et je l'ai répété hier- que le recours au referendum était une erreur, qu'il ne fallait pas y persister, que le nouveau traité
devait être réduit aux dispositions institutionnelles et que la France devait en avoir une approche modeste. C'est l'opinion du Président de la République et je m'en réjouis.
L'autre convergence principale porte sur la réforme des institutions. J'ai personnellement écrit, en 1985, que je souhaitais que la France passe de la monarchie républicaine au régime
présidentiel.
Je vois cette conception à l'ouvre, même si je déplore l'excessive présidentialisation de cette première phase. Je constate que se prépare une réforme valorisant les droits de l'opposition
parlementaire, limitant l'arbitraire dans les nominations aux emplois publics, permettant la
mobilité gouvernementale avec une réforme de la suppléance parlementaire et ouvrant, je viens de le dire, la possibilité de ratification parlementaire d'un nouveau traité européen. Soyons clairs,
nous avons toujours réclamé ces évolutions. Et quand le Président de la République me demande, comme hier, de lui faire tenir nos propositions supplémentaires, dois je lui répondre, pour complaire
au sectarisme, que les radicaux n'en ont pas ? Soyons sérieux. Nous n'avions pas prévu cette détermination, est ce une raison pour la condamner ?
J'ai d'autant moins de raison de le faire que je n'ai pas manqué d'affirmer, face à Nicolas SARKOZY, nos divergences sérieuses, et sur des questions également essentielles. -Je vous invite à
lire - je le fais sans vanité d'auteur mon intervention au Sénat après le discours de politique générale de François FILLON. Certains de mes amis les plus proches l'ont trouvée trop dure. En
vérité, je lui ai dit, comme au Président de la République, à quel point les radicaux étaient inquiets des dérives que portaient des idées telles que la création d'un ministère de l'identité
nationale chargé notamment de l'immigration, où encore le « paquet fiscal qui semble bien contraire à nos idées sur la solidarité par l'impôt progressif que nous avons inventé, ou aussi les
projets de limitation de la Sécurité Sociale par la baisse des garanties (remboursements, congés maladie, etc.) qui sont plus que des droits, des impératifs j'ai dit que les radicaux seraient d'une
extrême vigilance sur ses sujets. J'ai pensé, j'ai postulé je l'avoue, que vous vous me m'approuveriez.
La cinquième raison que j'avais- et que j'ai, s'il le faut, pour l'avenir- de répondre aux invitations qui m'étaient faites est toute simple mais importante pour notre stratégie d'indépendance à
gauche :je vous dois de ne laisser personne dicter leur conduite aux radicaux. Personne ! Et surtout pas le parti socialiste dont je constate que six de ses membres, pas tous des moindres sont au
gouvernement tandis que d'autres, pas non plus des moindres, acceptent des missions du gouvernement, et que d'autres encore, et parmi les plus grands, sont pressentis sans démenti pour de hautes
responsabilités... Je ne laisserai personne nous donner la morale. Pour moi, je me tiens à la ligne que vous avez tracée que nos Congrès ont arrêtée, et je n'en bougerai pas sauf si l'assemblée des
radicaux, hommes et femmes, libres et responsables, en décide autrement.
Voilà les explications que je vous devais et je vous prie d'excuser leur longueur car il est des raisonnements qui gagnent à être posés.
J'avais déjà écrit à tous les militants pour apaiser les inquiétudes -réelles ou feintes -que ce simple dialogue avait provoquées. Je ne manquerai pas de les tenir informés, comme je le
ferai avec nos instances, de tout nouvel épisode significatif nous concernant.
J'ai demandé et obtenu, en Bureau National, un vote marquant l'assentiment des radicaux à cette démarche simple et transparente.
Je vous demanderai tout à l'heure de marquer, par votre vote, si vous estimez que toutes nos initiatives depuis le Congrès de Lyon ont été respectueuses de la ligne d'indépendance à gauche que avez
fixée sur ma proposition.
Pour l'heure, je veux maintenant entendre vos opinions. je souhaite qu'elles convergent et qu'elles confirment vos choix constants.
Je souhaite surtout que dans l'avenir, comme dans toute notre histoire commune, le Parti Radical de Gauche demeure identifié par ce qui le singularise dans tout le paysage politique, c'est- à -dire
qu'a la fin les différences d'analyse, le poids des sensibilités, les intérêts locaux,les calculs tactiques, les ambitions les plus légitimes, bref tous les facteurs de division que nous observons
chez nos voisins, s'effacent devant le souci que nous avons de notre unité, de notre amitié, de notre fraternité. En ce qui me concerne j'ai confiance en vous.
Comité Directeur du Parti Radical de Gauche (samedi 7 juillet 2007)
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